Passer un concours représente un défi personnel susceptible de redistribuer les cartes de sa carrière. A condition de passer le cap. La période de préparation se vit souvent comme une réelle épreuve, une confrontation qui mobilise beaucoup de temps, d’énergie et d’émotions.
Comment reprendre son élan, son enthousiasme, sa confiance en cas d’échec ?
Entretien avec Chrysoline Brabant, psychologue clinicienne, qui accompagne des futurs responsables et des managers de la Fonction Publique dans les périodes de changement.

Certaines personnes sont-elles plus vulnérables aux échecs ?
Ceux qui n’ont jamais vécu d’échec ne sont pas toujours les meilleurs pour rebondir ; ils n’ont pas (encore) découvert et développer leurs propres trucs et astuces pour faire faire à l’imprévu.
Pour ceux qui ont toujours été bons élèves, qui ont mené à bien leurs études sans problème, qui ont réussi tous leurs précédents concours, un premier échec peut être vécu de façon tragique.
En psychologie, le « syndrome du bon élève » consiste à faire de son mieux pour obtenir de bonnes notes. Et pour ce faire, il ne faut surtout pas se tromper, pas faire d’erreur. Tout est mis en place pour éviter ce qui ferait chuter la note et décevrait la figure d’autorité. La moindre erreur sera donc perçue comme difficilement surmontable et entrainera peut-être une pénible remise en question.

Comment changer son regard sur l’épreuve passée ?
La loi des concours est dure, mais c’est la loi. Certains réussissent, d’autres échouent. C’est comme un jeu où il y a par essence des gagnants et des perdants. On pourrait trouver une analogie avec le domaine sportif dans lequel on se confronte à des concurrents très entrainés et surmotivés.
Une piste ? Au lieu de se dire « j’ai raté », on peut se dire : « c’était un bel essai, je me suis entrainé. » Or, l’entrainement est une des clés du succès, combiné avec la répétition et la ténacité… voire du courage.
En quoi un accompagnement peut aider à rebondir ?

La résilience, cette potentialité à faire face, à traverser ce qui arrive, avec ce que je suis, est en chacun et demande d’être réveillée. Elle mobilise à la fois des savoirs, des savoir-faire, des savoir être et des savoirs faire faire.
Traverser un échec est, peut-être pour certains d’entre nous, une compétence qui s’apprend et se développe. L’anxiété de performance, l’inquiétude liée aux résultats, quand elle est élevée peut freiner l’envie de tenter à nouveau.
Cela justifie l’intérêt de demander de l’aide dans la préparation et après les résultats.
Un accompagnement est utile pour rappeler que la réussite est le produit d’une attention globale. « Potasser » n’est pas suffisant pour réussir ; des stratégies d’apprentissage adaptées et singulières peuvent être détectée pour chacun, lors des accompagnements.
L’équilibre de vie joue un grand rôle : simplement bien se nourrir, bien se reposer, mettre son corps en mouvement, etc.
On a parfois intérêt aussi d’être aidé pour se fixer les règles de vie correctes pour soi : de quoi j’ai besoin, comment optimiser mes chances de réussir ?
Enfin, il y a plusieurs façons de rebondir : se remobiliser pour passer le concours est une piste. Il est aussi pertinent d’envisager un autre chemin pour arriver à atteindre différemment ce qu’on vise.
Comment parvenir à tirer des enseignements utiles ?
Il me semble indispensable de profiter d’un temps au calme pour faire un bilan. Honorer tout ce qui a été acquis, les chemins parcourus, les volontés, les désirs déployés, les personnes rencontrées.
Honorer, c’est prendre le temps de la relecture. Cela peut passer par l’écriture de ce qu’on a bien réussi, ce qu’on aurait aimé faire autrement, ce qu’on ne comprend pas.
Se mettre dans une dynamique de mouvement : ce que je peux faire à présent comme petit pas pour entrer dans une nouvelle dynamique stratégique.

Que faire pour réussir à prendre du recul ?
Comme dans beaucoup de domaines, une façon de relativiser est de parler à des personnes qui ont vécu le même type d’expérience, passé le même type de concours. Le miroir des pairs est une ressource précieuse car il peut donner l’occasion de s’exprimer face à des personnes qui comprennent.
Non seulement, on peut prendre conscience que ses émotions, ses questionnements sont partagés. Mais on peut aussi en tirer des enseignements. Comment s’y sont-ils pris pour rater ? Et pour réussir ?
Parler avec d’autres permet d’ouvrir son champ des possibles. J’aime à dire « il n’y a que ceux qui sortent qui s’en sortent ». La chance est aussi une affaire de rencontres.
En quelques mots

Un échec au concours active parfois des souffrances d’autant plus grandes qu’il s’agit d’une première occurrence ou que des événements passés resurgissent. Il peut léser durement confiance et image de soi.
C’est en étant accompagné, en échangeant avec des pairs et en reconnaissant la haute valeur du chemin parcouru qu’on peut construire son propre tremplin pour rebondir vers le succès.
Profitez de votre droit à la formation !
Dans les stages de préparation au concours, des ressources sont fournies sur tous les aspects y compris organisationnels et émotionnels.
Pour aller plus loin :
Sur l’anxiété de performance : Brochure anxiété performance 2021.pdf (usherbrooke.ca)
Le succès et l’échec de Christophe André : Vidéo: Le succès et l’échec_Christophe André
« Les vertus de l’échec », Charles Pépin. Allary Editions
A propos de l'auteur

Céline Conte et Chrysoline Brabant
Céline Conte intervient sur des modules de développement personnel : gérer son stress, améliorer sa mémoire, se préparer à la retraite, renforcer son estime de soi. Elle anime depuis 20 ans des groupes de professionnels et d’étudiants en grandes écoles d’ingénieur.
De multiples formations en lien avec la communication interpersonnelle et interculturelle complètent sa maîtrise en psychologie du travail.
Sa devise : « le sage est celui qui apprend de chaque personne »
Chrysoline Brabant a décroché son titre de psychologue clinicienne à 38 ans, un changement de trajectoire après 7 ans dans l’accompagnement du changement dans la fonction publique.
Elle intervient auprès de futurs responsables et de managers pour les accompagner, notamment dans les périodes de transition.